L'amour, c'est comme les échecs

Mis à jour : 10 déc. 2020

Est Fou celui qui, enorgueilli par ses noirs desseins, s’élance tel un Cavalier dans une quête vouée à l’échec. S’évertuant à séduire la Dame, il écrase le Pion de toute sa puissance. Par cette preuve de force, il attire son attention. Pense-t-il seulement l’écarter du droit chemin ?


Un regard s’échange, la belle est farouche mais pas insensible. Sur la piste de bois cirée, elle lui répond ; d’un coup violent, le désarçonne et cloue son destrier. Frontale est sa stratégie. Qu’importe. Hardi, il avance, le Fou ! Encore un Pion, belliqueusement arraché au damier, et il perce sa défense. Son Roi la regarde, troublé, mais elle, n’hésite pas. Ainsi l’abandonne-t-elle à la seule protection de sa Tour d’ivoire, forçant le roque. Méprisant la danse, le monarque attend contre la bande. S’il est homme d’autorité, c’est la femme qui le pouvoir.


Prétextant la guerre, c’est contre son cœur qu’elle lutte. La Dame s’élance alors, gracile, sur ce champ de bataille où le chassé est croisé avec ce Fou ténébreux. Sur leur passage, les pièces tombent, le sens se perd et le noir se répand sur le damier chauffé à blanc. Jamais valse ne fut si éclair. Elle s’acharne, il varie le style ; elle attaque de plus belle, il l’échappe belle.


Acculé, le Fou perd la raison et se cache derrière son dernier Pion, créant l’ouverture sur le flanc. Sûre de son choix, elle s’y engouffre aveuglément. D’un assaut tactique, elle croit le mater ; lui qui se prend pour un Roi. Son ultime rempart maitrisé, elle lui fait face. Il lui sourit, cela l’agace. La Dame déteste qu’on la défie, alors poli, il se replie.


Satisfaite, elle s’en retourne vers son royal amant. Elle change de ligne mais c’est trop tard ; derrière elle tout est devenu noir. Le sacrifice du petit Pion fut salutaire, cernant une grande Dame trop fière. Son piège enfin refermé, le Fou n’a plus qu’à l’achever…


Il la contourne, se place derrière, veillant qu’à portée sa Tour d’ébène protège ses arrières. Il l’observe un long instant. Défilent ainsi les secondes. Elle se sent lasse, elle désespère. Sa stratégie reste un mystère… est-elle princesse ou prisonnière ?


Le Fou avance, plus hardi que jamais. Il partage désormais sa case, lui vole un baiser. À la croisée des couleurs, tous les sens en échec, la Dame s’abandonne à son geôlier. Il la prend, elle l’accepte. C’est sa victoire dans la défaite.


N’en déplaise à la cour, le Roi n’a plus qu’à se retirer car sa Dame, dans les bras d’un autre, s’en est allée.


Morale de l’histoire : l’Amour, c’est comme les échecs. Quand l’émotion prend le dessus, la partie se joue à notre insu.


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