Philosophie (4) - Homo Hominis Lupus Est

Nous sommes à un tournant, celui de la réconciliation. Ce moment où la conscience rejoint la science et fait le bilan pour tirer des enseignements. Le constat est clair, limpide, unanime : il est impossible de continuer ainsi sans changer les modes de production et de consommation, les relations des êtres vivants avec leur environnement, la vision de l’être humain vis-à-vis de lui-même. Il est nécessaire de renouer avec une certaine forme de lucidité.


Au cœur de ce changement, l’homme. Ce loup pour lui-même qui, pour le succès d’un modèle économique capitaliste a payé le prix de son âme, agressé son semblable, coupé les liens avec la Nature, au sens de Spinoza, qui l’a vu naître au point d’en oublier sa condition première : son humanité. Au sens originel de l’œuvre de Plaute « Asinaria », par cette locution Homo Hominis Lupus Est, l’auteur latin affirme l’idée que l’homme prend pour loup l’homme qu’il ne connait pas, éclairant la peur de ce dernier face à l’inconnu.


Cette peur de l’inconnu fut reprise puis réappropriée par bien des auteurs tels que successivement : Pline l’Ancien, Arthur Schopenhauer, Hobbes ou encore Sigmund Freud. Tous mettent en exergue le fait que la peur dont il est question originellement peut se traduire par une peur de l’homme face à lui-même. Freud évoque dans Malaise dans la civilisation, le penchant naturel de l'homme à l'agression, rendant très difficile la réalisation du précepte de l'amour du prochain ou amour universel.


D’un point de vue philosophique, cette expression présente une vision pessimiste de la nature humaine : l'homme est un être sans scrupules poursuivant si besoin ses intérêts au détriment des autres. Ce qui, rétorquerait Sénèque, n’est pas très gentil pour les loups, qui contrairement aux hommes, ne se mangent pas entre eux.


Mais cette approche philosophique n’est pas dénuée de tout espoir. En effet, Hobbes, dans son ouvrage intitulé De Cive (Le Citoyen), nous présente une vision plus paradoxale de l’homme où il affirme ceci : bien qu’il possède un penchant inné pour la dépravation, les vertus de la guerre – la force et la ruse – c’est-à-dire la rapacité des bêtes, il n’est pas sans ressource pour faire le bien : l’homme parvient, par la justice et la charité à ressembler à Dieu.


Sans lancer le débat théologique sur la question, retenons que l’homme possède en lui les graines du bien. Il doit arriver à se discipliner s’il veut les faire germer et renouer avec une réalité oubliée mais aujourd’hui criante : de ce monde, il n’est que le locataire, pas le propriétaire (ou le Dieu). Ainsi, il doit saisir la petite fenêtre d’action qui s’offre à lui pour changer l’avenir, durablement, avant que l’avenir ne le mette au pied du mur et décide à sa place.


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