Philosophie (5) - Dépasser l'entropie humaine

Ce travail est complexe, éminemment psychologique. Il requiert à l’homme de surmonter cette nouvelle humiliation qu’il s’est infligée (en réalisant qu’il est un loup, une bête, non pas un dieu). Bien plus qu’il ne l’a fait à l’époque de Copernic (1e humiliation - l’homme se rend compte qu’il n’est pas centre de l’univers) ou de Darwin (2e humiliation – l’homme ne possède pas une origine a part, sans lien avec d’autres animaux), aujourd’hui l’homme fait face à son pire ennemi : lui-même. Sans un sursaut de conscience, le poussant à prendre ses responsabilités, Il restera un être profondément entropique, autodestructeur.


Au sens de la thermodynamique, branche de la physique qui s’est développée après l’invention de la machine à vapeur, la notion d’entropie, créée par le physicien allemand Clausius, renvoie à la dégradation de l’énergie, ou sa transformation en énergie non-disponible. On peut aussi résumer cette idée par le passage de l’ordre au désordre d’un système par rapport à son état initial. À l’instar d’une maison abandonnée à elle-même nécessitant une intervention extérieure accompagnée d’une grande dépense d’énergie pour remettre les choses en place et ainsi ramener l’ordre.


Au sens philosophique, l’entropie s’inscrit dans un univers sémantique où elle côtoie les notions d’usure, de dégradation et de décadence. Dans son œuvre inachevée L’homme sans qualités, Musil présente l’homme doté d’intelligence dont les facultés d’analyse et la propension à se définir par rapport à des facteurs extrinsèques le mènent à une sorte de passivité, de dépendance aux stimuli extérieurs, de relativisme moral et à l’indifférence. Indifférence dont les conséquences sont désastreuses aujourd’hui. Par son relativisme moral, sa faiblesse culturelle, l’homme a idéalisé l’image d’une nature dispensatrice et inépuisable oubliant la réalité d’un monde où tout se paie, la production de travail par une perte d’énergie, la croissance de l’ordre par celle du désordre ; un monde, désynchronisé de la nature, à la fois constructif et destructif qui produisait du travail à partir de l’énergie mais qui épuisait inéluctablement ses propres ressources.


Pour rompre avec cette ambivalence (construction-destruction), l’homme doit retrouver son rôle actif, sa place d’agent de changement : il est acteur des mutations sociales et économiques ayant mené à l’épuisement des ressources. Il doit, contrairement à la passivité qui le caractérisait jusqu’alors, s’impliquer totalement. Pour cela, il doit renouer avec sa sobriété, son humilité, son humanité profonde. Il doit reconnaître sa faiblesse. Accepter l’inéluctable, tout comme il doit accepter son humanité et faire de son mieux pour maîtriser et modérer ce qui peut l’être, à commencer par ses désirs et passions – nous y reviendra-. Il n’y a qu’avec cet acquiescement qu’il trouvera la force et le courage de questionner sa propre capacité de résilience pour se construire, non plus se détruire ; remettre de l’ordre en lui-même. Dire « oui » à la vie.


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