Vie de chien

Mis à jour : 24 nov. 2020

Je suis assis là, devant cette porte-fenêtre. Et j’attends. J’ai beau l’appeler, aboyer, elle ne s’ouvre pas. J’ai même essayé de la lécher et de lui donner un coup de patte. Rien, elle est immuable comme de la pierre. Alors je me pétrifie. J’admire mes deux boucs gentiment pâturer, séparé d’eux par cette invisible force de verre. Ils se chamaillent, ils se taquinent. Je les envie. Ils me regardent aussi, m’appellent parfois et me narguent... Les audacieux ; peut-être un peu trop. Ils ont besoin de structure, ils ont besoin de moi ; moi ce Border Collie, général chevrier, maître des campagnes et gardien de la paix dans les troupeaux. Le destin m’appelle, je me veux l’accomplir. Mais il y a cette foutue porte qui ne veut toujours pas s’ouvrir ! J’ai beau l’appeler, aboyer, elle ne bouge pas. Retour à la case départ. Le jeu est vicieux, tel un chien qui se mort la queue.


Je tourne en rond. Mes pattes avancent au rythme des « tic » et des « tac » de cette pénible horloge. Ses aiguilles me transpercent les tympans. Je déteste le temps ; je ne sais pas ce que c’est mais c’est toujours trop long ! Une seconde, une minute, une heure, je m’en fous éperdument. Laisse-moi passer bon sang ! Je t’aurai prévenue. Prends garde ! Il arrive, je le sens. Il monte en moi, bourdonnant telle une cornemuse. Il me fait saliver d’impatience. J’en râle au point d’en devenir musicien. Mélodie savoureuse que l’appel de l’Instinct. Il est là. Je ne suis plus chien mais loup ; presque garou. Mes yeux se plissent, mes dents se dévoilent. Je hurle à la mort ; la tienne foutue porte ! Apprécie le crissement de ton verre sous le poids de mes griffes. Ton agonie est lente. Tu souffres ? Pas autant que moi ! Cède, plie, rompt, brise-toi ! Obéis ! S’il te plaît…


Silence. Les forces me quittent, je ne peux lutter en vain. Tu as gagné, je me couche. Je ressemble à une peau d’ours devant un âtre dont les braises me brûlent à petit feu. Pathétique. J’ai besoin d’eau, j’ai besoin d’air. Tu m’étouffes ! La gamelle n’est pas loin, je peux le faire. Je suis hyperactif après tout, j’ai une réputation à tenir. Le voilà, délicieux breuvage. C’est bon, c’est frais. Je me sens mieux, comme purifié. Je dois retourner à mon poste de guet. Ils m’attendent, les pauvres boucs. La revoilà, foutue porte-fenêtre ! Cette fois-ci, elle ne gagnera pas. Alors je m’assieds et j’attends, à l’affut du moindre mouvement. Elle ne bouge pas. Et ça recommence… Je l’entends rire dans ma tête. Je vais devenir fou ! Peut-être le suis-je déjà…


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